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Sommes-nous vraiment libres ?
En quel sens sommes-nous libres ?

1. La liberté dans l'évolution du vivant.


Certains philosophes ont essayé de montrer que la liberté ce n’est pas quelque chose qui “vient du ciel". Pour eux, la liberté a une histoire, de même que la morale. La liberté se développe au fil de l’évolution : plus on monte dans l’évolution, plus il y a de liberté, jusqu'aux humains qui sont capables de choix réfléchis.
On peut poser des phases dans cette évolution.

A. Plus de mouvement et de perception, mais des comportements déterminés.

Pour les premières formes de vie la liberté, apparaît la liberté de mouvement. Puis l’évolution fait apparaître des organes de mouvement (pattes, ailes, etc.) et des organes de perception (oreilles, yeux, nez, etc.), qui évoluent en même temps. En effet, plus on se déplace et mieux on perçoit (mouvement et perception ne vont pas l’un sans l’autre). Ainsi, les animaux peuvent percevoir le monde à distance et prendre du recul.
Les êtres vivants vont s'adapter à leur environnement par la lente évolution de leur corps.
Mais ici, le comportement est peu libre : il est nécessaire. Les abeilles, par exemple, ont une existence entièrement soumise à leur programme comportemental héréditaire. La nature, c'est en ce sens l'empire de la nécessité (le nécessaire, en effet, c'est ce qui ne peut pas être autrement que ce qu'il est, c'est ce dont le contraire est impossible).
C'est le règle de l'instinct. Qu'est-ce qu'un instinct ? C'est un comportement inné, involontaire, stéréotypé. Ex : la poule couve. L'instinct n'est pas une liberté, c'est un comportement imposé par la nature, par l'hérédité.

B. L'apprentissage : l'acquisition de comportements non héréditaires.

Les vivant vont aussi développer leur capacité d’apprentissage de nouveaux comportements. Ici, la liberté d'action augmente considérablement. L'animal prend de la liberté par rapport aux instincts. Une huître aura toujours la même réaction, alors que les hommes eux, inventent leur traditions, règles sociales, au fil du temps,...


C. L'analyse de Bergson.

Henri Bergson, L'évolution créatrice (1907).
Pour Bergson, la liberté n'est pas matérielle, mais spirituelle.
Bergson pense que la science ne peut pas expliquer la liberté, qui est une création.
L'approche scientifique est une approche objective, une vison et une conception matérialistes de la réalité. Le matérialisme affirme que tout ce qui existe est matériel. Ainsi, chaque idée a des bases matérielles : le spirituel est l'effet de causes physiques. Gallillée a fait beaucoup pour cette approche scientifique de la réalité, en affirmant que l'univers n'est pas d'éléments (eau, feu, terre, air, éther), mais de la même matière. La nature est faite d'une pièce et il n'y a pas de surnaturel (chassé par la science).
Mais Bergson n'est pas matérialiste : pour lui, la matière "inorganisé" est une rupture avec la vie. Pour lui, contrairement à la matière, la vie est créatrice.
Pour Bergson, la liberté est quelque chose qui se révèle progressivement dans la nature. Plus on a de la liberté, plus on a une capacité de réaction ou une augmentation des choix possibles.
Bergson voit en l'évolution de la vie un progrès de la liberté (de plus en plus de choix possible). Pour lui, la vie est un élan créatif, une invention, une imprévisibilité:une création perpétuelle.
Bergson défend une sorte de dualisme (deux réalités, éléments) métaphysique (méta : qui va au delà ; phusis : la nature). La matière de la vie est inerte, mécanique, nécessaire (pas de liberté). Au contraire, la vie est le dynamisme même, la liberté, mais aussi la conscience. La vie s'élève dans la matière, ce qui veut dire que plus un être est complexe, plus il est conscient. Ici,

Bergson se range du côté du spiritualiste (il pense que l'esprit agit tout le temps depuis le départ).


2. En quel sens peut on parler de liberté humaine ?


On peut parler de liberté en deux sens : la liberté d'action et la liberté de la volonté.

A. La liberté d'action.

La liberté d’agir signifie pouvoir faire ce que l’on veut.
Cette liberté n’est jamais absolue, car elle rencontre toujours des contraintes. Ces contraintes sont de deux types :
  • soit un obstacle empêchant de faire ce que l’on veut ;
  • soit des règles sociales nous obligeant à faire ce que l’on veut pas faire (ex : ranger sa chambre).

La société est un système de contraintes sociales et politiques permettant a plusieurs libertés de co-exister, ne pouvant exister quand se limitant (ex : s’il n’y avait pas de code de la route alors tout le monde roulerait n’importe comment et il régnerait une sorte de chaos sur les routes).C’est une liberté politique au sens du terme car déterminant qu’est ce que l’on a le droit de faire ou pas.

B. La liberté de la volonté.

La liberté du vouloir signifie pouvoir vouloir ce que l’on veut.
Ici apparaît un grand problème philosophique : est ce que je pourrais vouloir autre chose que ce que je veux ? Suis-je sous influence ?
Le libre arbitre serait une volonté indéterminé, non influencée par quelque chose. C'est, selon Marcel Conche, "le pouvoir indéterminé de se déterminer soi-même ".
Tout comme Kant et Platon, Jean-Paul Sartre soutient que l'homme possède une liberté absolue. Il défend sa thèse avec "l'existence précède l'essence". En d'autres termes, ce que nous faisons, nos choix et nos actes [notre existence] déterminent ce que nous sommes [notre essence]. A l'inverse, d'après Sartre, nous ne pouvons pas dire: ce que je veux dépend de ce que je suis. La volonté n'a jamais d'excuse. L'homme se crée lui-même; il se donne sa nature; il est le seul à choisir ce qu'il veut être. Ainsi, l'existentialisme décrète que l'existence est ce qu'il y a de plus important.
C'est dans L'Etre et le Néant (1948) que Sartre expose d'abord cette thèse. Il y ajoute que tout homme naît libre puisqu'il se détermine lui-même. La liberté n'est donc possible que si l'homme n'est rien au départ. Ainsi, notre volonté est libre.



Vidéo de Pierre Bourdieu


Comme nous avons pu le voir dans le film Le goût des Autres, nos conduites et nos opinions sont déterminées par notre milieu social. Or il existe une science qui permet d’étudier, de prévoir ces mécanismes : la sociologie.

Pierre Bourdieu (1930-2002) est probablement le sociologue français le plus connu du 20ème siècle. Issu d’un milieu modeste, il poursuit des études brillantes à l’Ecole Normale Supérieur où il étudiera la philosophie. Plus tard, il occupera un poste d’assistant à la faculté d’Alger, puis deviendra l’assistant de Raymond Aron (philosophe, sociologue et journaliste français) à la faculté des Lettres de Paris. Il sera élu directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études. Enfin, il deviendra titulaire de la chaire de sociologie au Collège de France en 1981. Son oeuvre, composée de presque quarante ouvrages traduits dans le monde entier, est considérable puisque Pierre Bourdieu s’est intéressé à quasiment tous les domaines concernant la société.
Pour plus d'infos
Selon Pierre Bourdieu, la sociologie est une science qui tente d’établir des lois, des régularités parmi un groupe d’individus. Ces constantes sont établies à l’aide d’outils statistiques. Le sociologue, comme tout scientifique, tente d’expliquer ces faits ; il essaye de répondre à une question : “Comment se fait-il que...?”. Autrement dit, la sociologie est l’étude des déterminismes.
Pierre Bourdieu s’est particulièrement intéressé aux inégalités sociales. D’après lui, il y a reproduction: les hiérarchies sociales se reproduisent, il n’y a pas de changement dans nos sociétés. Par exemple, un enfant dont les parents sont tous deux cadres, ne sera pas ouvrier ou jardinier; il occupera un poste similaire à celui de ses parents et non des moindres.

Cette stabilité a lieu grâce à deux facteurs (causes):
  • La transmission du capital économique (héritage financier).
Exemple: un jeune homme, pas forcément doué à l’école, sera soutenu et encouragé financièrement par ses parents. Ainsi, même s’il n’a pas obtenu de diplôme, il pourra réussir dans la vie grâce à l’argent de sa famille (en créant sa propre entreprise ou en jouant à la bourse)

  • La transmission du capital culturel (langue, culture, manières, connaissances).
Tout habitant de France parle français, mais la maîtrise de la langue n’est pas la même pour tous. Elle dépend de notre milieu social. Dans les familles aisées, elle s’acquiert, par exemples, en écoutant papa parler ou en lisant des livres dès le plus jeune âge. Ce type de capital, de ressource est rare, et est inégalement distribué. Ces atouts donnent une valeur ajoutée à chacun, ils nous donnent un profit de rareté. Si tout le monde parlait parfaitement français, il n’y aurait aucun mérite à le parler. C’est parce qu’il y a des différences, qu’il y a un intérêt à parler parfaitement français.